28/08/2004

31 juillet 04

La réussite de la journée d’hier me rend la vie et se prolonge aujourd’hui. Le combat du centre social, celui pour l’éducation, celui pour les femmes, s’inscrivent dans la rumeur qui parcourt le pays, de part en part. Une rumeur, un bruit musé, ténu mais tenace, des pas. Des hommes et des femmes qui vont de l’avant, à contre-courant, qui forcent les portes.

 

L’hindouisme. Le temple et le sage, son vêtement orange. Sa liberté intérieure, son respect de toute chose, de tout être vivant. Le temple a été bâti autour d’un arbre. Aucun ne sera coupé par une main hindoue ; aucun animal ne sera abattu. Je sors du temple, enfile mes sandales, mais y ai laissé mes tensions, petits drames. J’ai déplié mon âme, déchiffonné mon temple intérieur, ai visité mon infinitude. Il me reste une vie pour l’apprendre encore. Il m’a livré des armes pour rester debout, quelque soit le sens du vent tout autour. Il me reste des bibliothèques entières à parcourir, et ma vie, sans doute.

 

Ce matin, les rues du bidonville, celui de la colline. Une infinité de taules entassées jusqu’à l’endroit où la terre rejoint le ciel. Il n’y a plus que cela, cela est tout autour. Au coin d’une rue, une chèvre me bouscule, un enfant la suit en courant. Des femmes, assises devant leur nid, pliées sur elles ; leurs gosses sont alentour, ils vont et viennent, ils viennent et vont, dans ces rues qu’ils connaissent par cœur. Le sol n’est qu’un amas de terre et de boue, les chiffons s’y mêlent avec le temps, avec la pluie. Mais on marche à pieds nus, on marche où, on marche ailleurs. Ici comme dans les rues du centre, la vie se la coule douce, on n’a rien à faire du temps qui passe. D’ailleurs que savent-ils du temps qui passe, savent-ils seulement qu’il existe…

 

Je me retourne : la horde d’enfants qui nous suit s’allonge, s’étire de rue en rue. Que font des blancs au milieu de leurs ordures, qui peut bien s’intéresser à ce désordre, à ce fouillis, à cette boue ? C’est sans doute l’interrogation qui se pose en eux lorsque, d’un «Namaste !» qu’ils nous lancent à l’entrée de chez eux, ils viennent à nous comme une famille, une famille qui aurait attendu notre retour depuis une éternité.

 

Mais voici la mosquée. Les mains se serrent, bonjour, d’où venez-vous, nous prenons place autour de lui en tailleur sur le tapis. Les enfants nous ont suivi jusqu’ici et se tiennent non loin, ils ne nous quittent pas des yeux. Autour d’un thé nous visitons l’islam, le christianisme, infiniment proches dans leur recherche, dans leur attente, dans la longue marche où toutes les religions se côtoient, vers un même Dieu qui change de nom de temps à autre, histoire de distraire ceux qui s’ennuient. Il démêle les visages de l’islam, le vrai du faux, le doux du grave, le rouge du blanc. Il croit en l’homme et c’est là que nous le rejoignons puisque nous sommes venus jusqu’ici, Jeri-Meri, taudis où 160 000 indiens luttent pour la vie. Nous échangeons nos adresses, quand vous reviendrez en Inde,…

 

Le Père Barthol, qui nous attend pour dîner, prend des nouvelles. Nous partageons cette découverte. Il raconte le combat de l’Etat pour répondre aux besoins des plus démunis, il dit les 30 millions de gens qui s’emploient à nettoyer ces taudis, mais qui ne suffisent jamais. Il dit les maladies qui guettent, sournoises, au milieu des ordures. Qu’est-ce qu’on peut faire…

 

Je ne sais pas, mon père. Je ne sais pas.


12:36 Écrit par Anne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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