23/08/2004

26 juillet

Je n’ai pas écrit durant deux jours. L’emploi du temps, peut-être. L’envie de tout garder, sans doute. Une fois encore.

 

Notre départ du Home Saint Joseph fut encore l’occasion de chansons et de rires. Nous leur avons laissé un dessin, elles nous ont offert un chant d’au revoir. Nous, touchés, entre le rire et les larmes. Elles, sereines, comme des mères qui savent que rien n’appartient à rien ni à personne, et que les gens viennent et s’en retournent pour revenir sans doute, peut-être, au gré du ciel. En montant en voiture je pense encore que ces changements de gîte nous obligent à casser les attaches, rester en éveil, éviter le bain chaud quotidien. Et c’est bien ainsi.

 

Aujourd’hui, c’est Mahad qui nous ouvre ses bras. Perdu entre les nuages et les vallons, ce village est celui pour lequel ce voyage a été organisé. Il s’agit pour nous d’un pari double, tout au moins un pari à double enjeu. C’est que les parents des enfants séjournant au pensionnat qui nous accueille ont reçu peu (ou pas) d’éducation et, exploités dans les usines de la région, ils ont été manipulés par leurs employeurs. ceux-ci, voyant dans l’éducation une solution pour passer entre les mailles de l’exploitation, ont prétendu que les sœurs enseignantes risquaient de garder leurs petits pensionnaires et les détourner de leurs familles. Ceci explique toute la méfiance qui fit obstacle à l’intégration des sœurs dans le village, malgré qu’elles s’y étaient installées il y a trente-trois ans déjà.

 

Nous avons à décider, avec elles, ce que nous allons offrir pour soutien à la communauté, par notre travail en Belgique. Forts de la réussite du projet à Jeri-Meri, nous savons à présent que les calendriers vendus chez nous, soupers organisés et autres conférences ont aidé à la construction de l’école du bidonville (voir 21 juillet) et qu’il ne s’agit pas d’un nuage, d’une illusion. Notre travail porte aujourd’hui ses fruits et nous pousse de l’avant pour semer encore. Lors de notre arrivée au pensionnat, une quinzaine de fillettes en uniforme et garnies de rubans rouges se tenaient à l’entrée, très visiblement prêtes à notre venue. Comme ici chaque accueil se donne comme un cadeau, et puisque chaque cadeau est orné d’une chanson, les voix enfantines nous ont à nouveau réchauffé le cœur tandis que l’une des élèves passait un collier de fleurs autour de nos cous, et qu’une autre dessinait une trace de poudre rouge sur nos fronts.

 

C’est que les fleurs tiennent ici une place d’honneur, accompagnent chaque fête et chaque adieu. On les dépose sur le sol et les plateaux,  on vous en glisse entre les doigts pour vous souhaiter le «wel-come». L’une des enfants porte le prénom le plus doux à mon oreille, Sonali. J’avais quinze ans lorsque je disais que l’enfant que je porterais répondrait à ce si joli prénom. L’enfant n’est plus souhaité, mais le chant du prénom est resté. Nous leur apprenons des jeux, ils s’y prêtent avec grand plaisir et une énergie qui ne s’épuisera qu’avec la tombée du soir.


23:09 Écrit par Anne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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