20/08/2004

21 juillet

 

Fermez les yeux.

 

Imaginez mille cinq cents frimousses entre lesquelles vous déambulez. D’abord deux yeux ont noté votre présence. Puis, immédiatement, deux autres. Puis c’est dix, et puis vingt bambins, ensuite le double et enfin la foule entière qui vous sourit, rivalise de «oh» et de «ah» en applaudissant votre présence, alors qu’ils ne savent pas qui vous êtes ni pourquoi vous vous trouvez parmi eux aujourd’hui. Nous évoluons entre eux pour prendre place à la table des professeurs qui, dans quelques minutes, devront juger de la prestation des groupes d’élèves : la récitation de poèmes des plus grands auteurs.

 

Tandis que vous traversez cet immense cortège de cheveux noirs retenus, chez les filles, par les élégants rubans rouges –marque de prestige tellement attendue par les indiennes de cet âge, des mains se tendent vers vous, vous en serrez quelques-unes, comme on s’éclabousse le visage dans un océan de tendresse. Les sourires s’élargissent encore davantage. Ils lancent des «Hi !», «Hello !». Le cri de ces centaines de petites voix fait trembler vos jambes, vaciller tout le reste. Comment imaginer qu’au pays, vous êtes un parfait inconnu. Les gens de votre ville ne savent rien de vous, vous n’êtes personne. D’ailleurs, vous n’avez pas de nom.

 

L’accueil des Indiens est trop précieux pour être décrit étouffé emprisonné par les mots. L’école est belle, spacieuse. Leur reconnaissance dépasse la reconnaissance. Qui sommes-nous pour recevoir autant ? Les tâches effectuées en Belgique comme en Inde ont porté leurs fruits, et aujourd’hui c’est une nouvelle pièce qu’avec eux nous inaugurons.

 

J’étais venue pour oublier qui j’étais. Aujourd’hui je pense y être un peu parvenue.  Et j’ai même cessé de me colorer les yeux… Et si ce n’est que pour un mois à l’autre bout du monde,… c’est déjà ça.


14:19 Écrit par Anne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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