19/08/2004

Quelques heures plus tard.

En entamant ce journal de bord, j’écrivais : «L’Inde a crié son appel. » J’avais dû mal entendre. Je me le suis crié à sa place ai menti ai triché pour me sentir importante à quelque chose.  Car on n’est pas toujours utile. Il me revient un passage du film La cité de la joie.

Au médecin en colère qui avait réclamé son aide, la jeune indienne salue, d’une humilité infinie, en articulant doucement : «Merci, merci de m’avoir permis de me rendre utile» Etre utile. C’est tout ce que j’attendais au cœur de cette fourmilière où même les chiens affamés ne trouvent pas leur place. Je ne serai peut-être utile qu’à moi-même. De cela aujourd’hui j’en suis convaincue. Une gifle que j’espère et qui anéantira peut-être mon orgueil et mon arrogance.

 

Premier trajet en rickshaw. Ah si vous saviez le vacarme, le vacarme. Les klaxons, infatigables, qui ne servent qu’à avertir de la présence, mais de présences il y en a tant, tellement. Pourtant aucun signe d’énervement perceptible dans cette cacophonie permanente. Si les feux sont visibles, personne n’y prend garde, pas même aux enfants qui frôlent ces tôles mobiles. Ils se retournent, vous regardent. Ils s’aperçoivent que vous êtes blancs, vous sourient, très visiblement surpris.

 

Ici, chaque endroit est un champ de bataille. Les routes, on s’y faufile. Les trains, on s’y bouscule. Le travail, on fait sa place. Encore et encore. Jean confirme : «En Inde, on n’a que le droit qu’on prend

 

Ah le sourire abondant, débordant. C’est que tout abonde par ici, tout exagère dans le don comme dans le manque. Rien n’est laissé au hasard. Tout s’entremêle entre émerveillement et douleur, et dans l’un comme dans l’autre, l’Inde est un pays qui bouscule, qui fait mal. Oui, tout s’entremêle puisque, je crois, j’ai encore tout à (ap)rendre. J’oublierai les noms, j’oublierai les traits. Le reste restera.

 

L’indienne fouille les débris le rickshaw fait du bruit et j’en ris Emilie est malade le vent c’est tout doux le professeur aveugle joue de la flûte j’ai croqué un piment le matelas est trop dur les arbres sont partout un singe dedans le ruban rouge dans les nattes des fillettes elles en sont fières et c’est joli.


19:12 Écrit par Anne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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